Transmuter le rôle de « victime »

November 30, 2017

Lorsque l’enfant est conçu, lui est transmis les mémoires familiales, les sublimations comme les meurtrissures. Ces parents, dans le réactionnel de leur propres blessures, vont projeter sur lui, attentes, fantasmes, manques, besoins. L’enfant va être ainsi élevé et commotionné par sa famille, ses parents, ses frères et sœurs. Il devient alors la « victime » des déséquilibres familiaux. Il se crée ses blessures (souvent une perpétuation de celles qui appartiennent à sa lignée) et s’y noie dedans.

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De par les blessures de ses aïeux qui n’ont pas été entendues, comprises, transcendées, le message véhiculé dans les cellules, de génération en génération, est le statut de victime. Tant qu’une blessure n’est pas transmuée, l’Être reste victime de la souffrance engendrée…  Mais qui dit victime, sous-entend oppresseur, et hiérarchise les relations en dominant-dominé. La victime se fait violenter par son incapacité à se « défendre » elle-même. Alors, lorsque génétiquement, le statut de victime est transmis, cela conditionne l’Être à se soumettre, à subir la violence et à l'acquiescer. L’Être est donc déterminé à se faire violenter, manipuler, maltraiter, violer, rabaisser, etc, autant psychiquement que physiquement. Il donne son pouvoir aux autres tout en se laissant malmener.

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L’ego collectif sous l’effigie de la société et de la famille ne cherche pas l’émancipation de l’Être, elle l’avilie. Le rôle de victime permet d’entretenir un système de subordination où certains règnent, imposent, dominent, ont le pouvoir et d’autres obéissent, se soumettent, sont aliénés. Une victime (quelle que soit la blessure) se paralyse dans la peur, trouble son esprit, sa capacité à discerner et s’infériorise. Le système ferre ce rôle de victime en enflant les inégalités, les injustices, les divisions pour que l’Être reste conditionné et habitué à cette hiérarchisation. L’Être est alors dans un sentiment d’impuissance. Tant que l’Être entretient ce jeu pervers, se débat dedans, il reste aveugle à son propre pouvoir et maintient les castes.

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La victime est aussi prédisposée à s’attacher à ce rôle. En effet, c’est par les martyrs, le conditionnement des religions que la victime a été « sacralisée ». Il y a donc une connotation vertueuse à être victime et cela anesthésie le désir de sortir de ce statut. Le précepte du sauveur (messie) ferre également les Êtres dans l'attente et dans l'incapacité à se sauver eux-mêmes. Etre victime devient alors une fatalité.

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La victime rentre ainsi dans de la victimisation et se détruit elle-même. Elle va chercher, inconsciemment, à être « souillée », en écho au regard dégradant qu’elle porte sur elle. Etre « salie », soumise est sa normalité (même si elle revendique le contraire), elle s’y complait dedans et ne cherche pas à s’en extraire. Cette victimisation perpétuelle fait qu'elle rumine le passé (même si elle aspire à avancer), sa souffrance mais aussi les mécanismes répétitifs transgénérationnels. Son identification à la tétanie, la soumission, la non capacité, la laisse les bras ballants.

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Mais la victime peut aussi être dans la domination. Son statut de victime va être utilisé pour générer chez autrui de la compassion, de la sympathie afin d’avoir attention et amour. Ainsi, l’Être va manipuler. La souffrance devient alors une arme et une forme d’emprise. Se victimiser devient une manœuvre perverse pour soumettre, se venger, punir... Elle peut aussi se montrer sournoise en rabaissant, calomniant ou provoquant (verbalement ou physiquement) l’autre. La victime se transforme alors en oppresseur dans un réactionnel suppurant ses blessures. 

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La victime reste avant tout passive, dans la fatalité et la résignation. Elle subit les évènements. Elle laisse les autres choisir pour elle, la définir. La victime fait grandir les peurs, l’aversion, l’aigreur, l’animosité, le jugement et les séparations. Elle est dans l’ignorance d’elle-même, sous le joug d’autrui, d’un système et de ses blessures instrumentalisées par son ego.

La victime est donc dans la peur de l'autre qui est un danger potentiel pour elle. Face à cette crainte, elle se montre dans l’hyper contrôle, elle garde l’autre à distance, se méfie, est sur le qui-vive, dans un état de vigilance quasi permanent. Elle retient la vie en elle pour se protéger. Son corps de souffrance se transforme en bouclier qui la sépare des autres. Sa protection est le rejet.

Mais elle peut aussi se montrer complètement naïve, faisant confiance à n’importe qui, qui répond à ses fantasmes. Elle vit alors dans un monde de bisounours, complètement déconnectée de la réalité. Elle ne se voit pas elle, ni l’autre. Elle se jette en pâture aux autres. Sa crédulité fait que les autres lui manquent de respect et la malmènent. Sa protection est la fuite.

Elle peut aussi être provoquante, sarcastique, haineuse, violente. L’autre lui fait tellement peur que la distance qu’elle met entre elle et l’autre se traduit par la dose de violence qu’elle génère. Si l’autre ne peut pas l’atteindre, alors il ne peut pas la blessée. Elle se transforme alors en l'oppresseur qui l'horripile. Sa protection est l’attaque.

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Physiquement,  la victime est dans une protection corporelle (ne pas vouloir être touché ou toucher) ou bien encore est dans un clivage total de son corps au point d’en être détachée et avoir des comportements excessifs voire déviants. Elle fuit sa chair et s’enferme dans sa tête. L’énergie de vie ne circule pas dans son corps, elle est condensée et fait pression à force d’être trop contenue. A force de tout contrôler, la victime retient la vie en elle, elle ne se donne pas, ne reçoit pas, et s’éteint…  Ses sensations, ses ressentis sont non écoutés ou partiellement entendus. Elle subit ses émotions. Cette déconnection de son corps peut l’amener à des prises de risques, des tocs, manies, phobies, dépersonnalisation, dépression, hypocondrie, dépendance à des substances, etc. Sa chair est une prison.

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C’est sexuellement que le rôle de la victime est exacerbé, qu’elle que soit sa blessure, elle est stigmatisée dans une « souillure » et cela va se manifester particulièrement dans son intimité. Elle peut se montrer chaste, prude, « frigide », avoir des troubles de l’érection, avoir le vagin qui refuse la pénétration, être impuissante ou sans désir sexuel, etc. Elle peut aussi être dévergondée, libertine, dans la sexualité compulsive, avoir des idées obsessionnelles autour de la sexualité, être dans une insatisfaction permanente ou encore le désir de multiplier les conquêtes sexuelles, etc.

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La victime existe que parce qu’elle n’a pas digéré ce qu’elle interprète comme une offense. De là, inconsciemment, elle cherche à être sauvée par son bourreau (ce qui n’est pas possible même si ce dernier peut éventuellement reconnaitre la souffrance causée). Elle demande à ce que l’autre (son bourreau) mais de manière plus générale, les autres (qu’ils soient ou non impliqués) à ce qu’ils viennent colmater ce qui s’est brisé chez elle. Elle reste enfermée dans sa souffrance et dans la perception que l’autre est responsable de sa douleur, elle est donc liée à son(ses) oppresseur(s). Elle les porte en elle.

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Elle attire alors les sauveurs et se retrouve enfermée dans l’attente. Elle cherche ainsi la protection, un appui, un « garde-corps ». Se sentant abusée dans sa chair, son intimité (dans les cas notamment d’incestes et de viols), il y a une recherche dans un autre pour empêcher la réitération d’un fait traumatisant. Elle demande au sauveur de la bienveillance, de prendre soin d'elle, qu'il vienne la réparer, la réconforter ou encore qu'il s'arme contre de potentiels « agresseurs » là où elle n’a pas su se protéger elle-même.

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Mais la victime a une dépendance à la violence. Elle va donc chercher inconsciemment à ce que l’autre viennent la violenter : psychiquement (insultes, dénigrement, rabaissement, discours contradictoires, manipulations, etc) et physiquement (regard haineux ou menaçants, avoir des gestes brusques, , viols, coups, etc). Elle cherche à se faire maltraiter et peut même reprocher à l’autre de ne pas réagir dans cette violence qu’elle attend. Dans un processus inconscient, elle peut donc provoquer la violence chez l'autre pour revivre la maltraitance et se reconnaitre en victime. Elle appelle alors des oppresseurs  pour qu’ils viennent la souiller et ensuite la réparer de cette atteinte et plus encore, qu’il vienne la sauver de sa blessure originelle qui se répète.

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La victime est dans la rancoeur et incrimine  l’extérieur. C'est d'ailleurs là où elle s'active dans une quête de réparation, un besoin d’égalité, de justice qui ne fait qu’entretenir sa souffrance. Elle peut même se réunir avec d’autres victimes, des formes de coalition où elle trouve son écho et se complaire dans son rôle de victime.   

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La victime est aussi enfermée dans une sorte de stress post-traumatique, elle vit dans les réminiscences d’un trauma (conscientisé ou non) qui lui appartient ou qui ressurgit à travers elle  (qui est lié au transgénérationnel voire même au-delà). La victime vient faire écho aux premières transgressions qui ont apposé une violence dans les rapports et séparer les êtres dans la domination-soumission. Ces mémoires résurgentes viennent la court-circuiter dans son habilité à être, à faire et à changer. Elle revit son trauma par brides incohérentes pour elle mais qui la freine, l’amène à se soumettre et cela la fait tourner en boucle dans son statut de victime sans avoir la possibilité d’y percevoir une issue.

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Ne plus être une victime commence par le fait de cesser de se voir comme telle. La victime n’existe que par la mentalisation et son ferme attachement à ce rôle… C’est l’effort le plus grand à faire. C’est donc œuvrer pour modifier ses pensées et ses perceptions. Il y a une déprogrammation consciente à faire afin d'envoyer un nouveau message aux cellules.

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L'Être a donc à regarder les bénéfices qu'il tire à se ferrer dans la victimisation. C'est cette complaisance qui l'empêche de se libérer. Il a donc à sortir de ses excuses, prétextes, justifications, peurs, volonté de subir, rejets, assentiments, résignations, idées préconçues, fantasmes, etc puis à sortir de sa culpabilité d'avoir conduit et cherché à être violentée. L’autre violente l’Être que s’il lui donne la permission de le faire.

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Transmuter le rôle de victime, c'est sortir du contrôle pour être dans l'accueil de la vie. L'Être s'extirpe alors du jeu de la domination-soumission qui ont créé le rôle de victime. L'Être va ainsi se responsabiliser, se respecter pour se découvrir dans sa puissance, son pouvoir créateur, sa singularité. Il se défait des attentes d’un sauveur et la perception que l’autre est un potentiel oppresseur qui est là pour porter atteinte, faire du mal et blesser.

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En découvrant sa puissance l'Être va développer sa protection : se connecter à son côté sauvage, guerrier pour apprendre à se défendre et se protéger. Il ne développe par l'attaque (la violence) mais l'agressivité dissuasive qui permet à l'Être de se sécuriser. Il peut alors apprendre à s'ouvrir sans peur. 

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L'Être a donc à se pacifier avec sa chair meurtrie, panser ses blessures en offrant son pardon pour toutes les douleurs stigmatisées et vécues dans ses corps. Il a à se détacher des blessures de ses ancêtres et de toutes les victimes-oppresseurs et sauveurs qu'il porte. Il n'est pas ces distorsions. Il peut alors honorer son humanité et la Terre qui l'accueille en son sein. Il peut alors s'offrir, se donner, recevoir, accueillir dans la paix d'un coeur aimant.

 

 

Céline (10/07/17)

https://www.desvaguesalame.com/

 

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