Plaire, lorsque le manque d’amour cherche à se compenser par l’attirance et la répulsion

January 11, 2018

L’enfant n’aspire qu’à une seule chose : briller dans les yeux aimants de ses parents autant qu’ils brillent dans son propre Cœur. Or, si un des parents est dans une blessure narcissique, ce dernier a pu développer un besoin irrépressible de plaire pour se sentir aimer. Ainsi, il séduit les autres pour attirer leur attention, il quémande l’amour. Ou, il peut être dans un déni/effacement de soi, brisé par le regard des autres, et est dans l’attente d’amour (cherchant à plaire sans être vu). Etre dans le besoin de plaire (en étant extraverti ou introverti), c’est alors ne pas s’aimer soi-même et donc ne pas pouvoir aimer les autres, ni se faire aimer pour ce que l’on est.

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L’enfant  va donc se retrouver devant un parent narcissique qui est dans l’incapacité de lui rendre l’Amour qu’il lui  donne. Ce parent est d’ailleurs dans une projection et se construit une image de son enfant, il ne le voit pas tel qu’il est mais comme il voudrait qu’il soit. Il est également dans une représentation parentale, il ne suit pas l’élan de son Cœur mais est dans la reproduction imaginée qu’un parent doit être, cela va se traduire par une image distanciée, autoritaire voire intransigeante, dans le contrôle, le rejet, très cadrée, rigide, dans le manque de communication, ramenant à lui, imposant sa vision et ses pensées, soumise au regard extérieur, etc. Tout ce qui sort de ses schémas le met alors mal à l’aise, l’enfant est d’ailleurs pour lui « dérangeant » car l’insouciance de l’enfance le pousse dans ses retranchements, cela le met en difficulté. L’enfant vient le perturber dans ses mécanismes car il est hors schémas, hors contrôle. Pour se rassurer, l’adulte cherche alors à le formater et donc brise et rejette son enfant dans ce qu’il est. L’enfant peut être également un faire-valoir pour s’enorgueillir : soit parce qu’il ressemble parfaitement à ce qu’il s’imagine qu’il devrait être (et il devient comme un trophée qui est montré « c’est le mien ») soit parce que c’est un enfant effacé ou turbulent, n’hésitant alors pas à l’humilier pour se rehausser lui-même. Pour se faire aimer par les autres, pour plaire, tous les moyens sont bons, l’enfant peut être un outil de plus…

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L’enfant va donc grandir et se construire en cherchant lui aussi à plaire à ce parent. Faire plaisir, ne pas faire plaisir, pour attirer son attention qu’il ne réussit pas à capter. Il va développer des stratégies. Il peut ainsi devenir un enfant timide, sage, obéissant, tranquille, passif, « inexistant » : l’enfant « gentil » voire idéal. Il se coupe les ailes, se déprécie, se distance de sa joie et peut même déprimer. Il se coupe alors rapidement de lui et de l’extérieur.Il peut être également un enfant turbulent, faisant des bêtises, mauvais à l’école, dissipé, indiscipliné, bruyant : le « garnement », celui dont on ne sait plus quoi faire. Il s’agite en tous sens  et peut se perdre lui-même car les réactions parfois violentes du parent vis-à-vis de lui face à tous ses appels d’attention, le font se replier sur lui-même. Il devient « dur ».

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Parallèlement, en observant ce parent, il se formate lui-même dans le fait de plaire. Cette construction s’accentuant au fil des années jusqu’à l’adolescence (ou  le besoin de plaire augmente) et l’âge adulte (qui consolide ses mécanismes de séduction)… Il peut alors être dans le rejet : se dévaloriser, être effacé, introverti, pas soigneux de lui et de ses affaires, discret, celui ou celle qui ne fait pas de vagues, qu’on ne remarque pas. Il peut aussi avoir intégré que pour être aimé il faut attirer l’attention : ceux répondant à l’attirance, sont perçus comme ceux qui peuvent combler son manque d’amour. D’ailleurs, l’Être lui-même cherche à être séduit par l’autre pour être aimé et aimer. Pour lui, tout ce qui ne répond pas à de l’attirance, n’est pas de l’amour… Alors, il se sculpte physiquement et/ou psychiquement pour être attrayant, attractif.

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Il peut aussi reproduire parfaitement le narcissisme de son parent (introverti ou extraverti) pour lui ressembler, comme un écho à l’autre, être comme lui pour se sentir aimé de lui, un appel encore d’amour qui se poursuit à l’âge adulte : « papa, maman, aime-moi ! »  Ou être dans le rejet et faire l’inverse complet pour lui crier sa souffrance et l’appeler sans cesse à enfin le regarder et l’aimer : « vas-tu m’aimer ?! ». Plaire (dans le sens se rassurer), pour se placer au-devant de, chercher le regard de l’autre, son attention, son amour parce que si l’autre est attiré cela voudrait dire qu’il pourrait enfin être aimé. Ne pas plaire (dans le sens ne pas se plaire), en se rejetant soi-même, se placer ainsi en victime et se conforter qu’il ne pourra jamais être aimé, qu’il ne pourra jamais aimer car il n’a jamais été aimé.

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Plaire-séduire, c’est être à côté de Soi… Plaire, c’est être identifié à son corps et à une personnalité qui sont modelés par les peurs. Résultat, l’Être est dans une image de soi faussée mais aussi normée. Il chercher l’amour dans l’autre, un amour qui est CONDITIONNE par ses attentes qui vont trouver résonance dans la norme du plaire collectif. Qu’il soit introverti, extraverti, dans le rejet ou non, il a intégré ce qu’un homme, femme doit être, pour plaire à l’autre (physiquement et psychiquement) et doit lui apporter. Il est dans la préférence et la répulsion.

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Plaire, c’est obliger l’autre à avoir un certain regard sur soi, c’est donc lui interdire de nous aimer ! Lorsque l’Être se détache de la notion de plaire, alors il se découvre soi mais aussi les autres sans la barrière du regard, sans la barrière qu’il faut séduire ou être séduit, sans la barrière que l’amour est soumis à ses conditions, fantasmes... Les normes sont des œillères, l’attirance rend aveugle.

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Pour se découvrir Soi, mettre en évidence ses stratégies pour plaire : qu’est ce qui m’attire chez l’autre ou ne m’attire pas ? Quelle est ma demande implicite ? Où cette personne va-t-elle appuyer si je suis séduit ou va-t-elle appuyer si je ne suis pas séduit ? Quel est l’écho aux normes de séductions collectives ? (qu’est-ce que je reproduis de l’extérieur ?) Quelles sont mes attentes vis-à-vis de l’autre ? Mes besoins ? Répondre, seul, à ses propres demandes en donnant d’abord à l’enfant intérieur et donc à l’adulte, pour libérer l’Être de son manque d’Amour… Se défaire d'une blessure qui se répète en se guérissant Soi et en rendant au parent (niveau transgénérationnel) ce qui lui appartient. Déconstruire alors ses constructions mentales limitantes ainsi que ses mécanismes d’attirance ou de rejet pour se rendre la vue… C’est alors un autre monde qui s’ouvre au regard ébaudi. Ce qui semblait important autrefois perd de l’influence, l’œil voit une autre forme de beauté, plus profonde, simple et mystérieuse qu’il se renvoie tel un miroir.

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S’ouvrir à son Cœur pour soi, puis pour les autres, c’est enfin s’autoriser à aimer au-delà de sa tête, dans la pureté de ses ressentis. C’est accueillir soi et l’autre dans tout ce qu’il est : sans attente mais avec tous ses attachements, sans demande mais avec toutes ses fragilités, sans condition mais avec toute sa singularité. S’aimer soi, se plaire enfin et prendre plaisir à être Soi … Nu…Dans toute sa singularité sans se dévaloriser ni se surestimer. Aimer l’autre, vibrer de sa simple présence et se délecter du fait qu’il n’y a besoin de rien pour aimer… 

 

Céline (30/09/16)

https://www.desvaguesalame.com/

 

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